Je voudrais illustrer ce thème en prenant l’exemple de l’escalade :
Un grimpeur qui s’attaque à une voie dans son niveau max va tout d’abord prendre le temps de « lire la voie » c'est-à-dire qu’il va regarder les caractéristiques du rocher, tenter de déchiffrer l’itinéraire par rapport aux prises visibles, déterminer le « crux » (passage clé de la voie), comprendre les mouvements, trouver d’éventuels points de repos et mobiliser de l’énergie. Après cette préparation il commence son ascension en progressant mètre par mètre, centimètre par centimètre. A ce moment là, il n’est plus question de se projeter en haut, mais bien de se concentrer sur chaque mouvement. Chacun des mouvements se décomposent de la manière suivante :

Visualisation et choix de la prise à prendre,

Lâcher de la prise actuelle,

Mouvement.
Avant de prendre la prise, vous faites un choix entre les différentes possibilités qui s’offrent à vous, et vous optez pour celle qui vous semble la plus adaptée à votre progressions. Dans ce type d’activité de même que dans nos vies quotidiennes quelles soient professionnelles ou personnelles, nous posons des actes qui sont dans l’immense majorité des cas la conséquence d’un choix plus ou moins conscient peut être, mais il s’agit d’un choix. Si je vous pose la question : « pourquoi allez-vous travailler aujourd’hui ? » Certain d’entre vous me répondront : « parce qu’il le faut bien. » Et vous aurez raison dans le sens où vous me parler d’une de vos croyances qui pourrait être celle-ci « pour avoir du bon temps il faut faire des sacrifices » ou bien « il faut mériter son salaire en travaillant dur » ou encore « Je suis obligé si je veux vivre. » ou enfin « avec mon travail j’existe socialement. » Je respecte tous ces raisonnements mais ce qui m’importe c’est que vous compreniez qu’il s’agit d’un choix. Le choix d’accepter un travail pas tout à fait satisfaisant mais qui vous permet de partir en vacances régulièrement, le choix de faire des heures supplémentaires pour avoir plus d’argent à la fin du mois, le choix de mettre le travail au centre de votre vie, le choix d’endurer du stress pour avoir une meilleure situation… D’ailleurs vous pourriez très bien formuler ce que vous pensez différemment et passer de « il faut que… » (Obligation, contrainte, vous subissez la contrainte en question) à « je choisi de… parce que je veux… » (Liberté d’action, énergie plus grande, vous êtes l’auteur de votre vie.)
L’escalade est un sport sans commune mesure en ce qui concerne la mise en exemple du lâcher prise. En effet si vous ne lâcher pas la prise que vous tenez sur le moment… et bien…vous n’avancez pas ! Cela parait tellement évident sur le papier mais sur le terrain je ne compte plus le nombre de personnes que j’ai vu se faire redescendre sans même essayer le mouvement en disant « c’est trop dur ou je n’y arriverais pas. »
Le point commun de toutes ces personnes est qu’elles ont atteint ce que j’appelle « leur niveau naturel. » Chaque individu est plus ou moins doué dans certain domaine et avec un peu d’expérience il va progresser jusqu’à atteindre le niveau qui est lié à ses capacités naturelles. Plus ses aptitudes et ses dons sont grands, plus le début de la progression lui semble facile. Mais à un moment donné dans un processus d’apprentissage, tout le monde est confronté, à différents niveaux, à des difficultés liées à la nécessité d’augmenter ses capacités d’origines pour continuer sa progression et rentrer dans « une zone d’efforts ». A ce stade, nous rentrons réellement dans l’apprentissage puisque avant, nous utilisions ce que j’appelle notre « base de départ » ou que Paolo CHOELO dans « L’alchimiste » appelle « La chance du débutant » par rapport à « L’épreuve du conquérant. »
C’est à ce moment précis que certaines personnes se découragent ou pensent que cette situation n’est pas faite pour elles et préfèrent changer de cap plutôt que de fournir un effort en ce confrontant au risque de lâcher ce qu’elles ont acquises.
L’enseignement que je tire de cette réflexion se résume ainsi : plus je suis dans l’acceptation de la situation dans son devenir plus c’est facile de lâcher ce que je tiens sur la moment. A contrario, plus je maîtrise la situation présente sans connaître la suite, plus c’est difficile de lâcher prise.
Inhérent au mouvement il y à la notion de risque. J’effectue le mouvement mais je ne maîtrise pas complètement l’ensemble des paramètres à commencer par l’état de la prise qui va m’accueillir. En fonction de sa forme et de mon expérience je peux présumer de son aspect mais la réalité peut diverger et me plonger dans une situation inattendue où le mouvement initial n’est plus adapté. A partir de là il existe 4 possibilités :

soit j’ai la force pour garder cette prise et continuer,

soit j’ai les ressources pour attraper une autre prise et m’adapter,

soit j’ai les ressources pour redescendre et envisager une autre solution,

soit…je tombe.
Chacune de ses possibilités fait partie intégrante du mouvement. L’important n’est pas la conséquence du mouvement mais bien l’enjeu que nous mettons dans le mouvement. A partir du moment où la réussite du mouvement est plus importante que le mouvement lui-même vous risquez de vous accrocher à une déception si le résultat n’est pas à la hauteur de vos attentes. En plus vous devrez mobiliser de l’énergie pour en sortir.
En escalade la chute fait partie intégrante de la progression. Un grimpeur qui ne tombe pas ne progresse pas. Nous pouvons aisément transposer cette image dans notre quotidien et nous autoriser à penser que l’échec est une composante de la réussite. Tous ceux qui ont réussis vous diront qu’ils ont beaucoup plus appris dans les affres de l’échec que dans la joie de la réussite. La réussite c’est l’atteinte de l’objectif, la concrétisation d’un chemin la consécration de nos efforts. L’échec fait parti du chemin qui mène à la réussite. Anthony ROBBINS dans son livre « l’éveil de votre puissance intérieure » parle aussi de l’échec comme une composante de la réussite, il écrit : « la réussite est souvent la conséquence d’un bon jugement, le bon jugement provient d’une expérience et souvent l’expérience émane d’un mauvais jugement » autrement dit c’est grâce à nos erreurs que nous pouvons réorienter nos actes pour avancer vers nos objectifs. Le piège c’est de passer son temps à réfléchir sans agir de peur de d’échouer, le piège c’est de considérer ce que l’on possède comme un aboutissement en soi et de s’y accrocher de peur de le perdre.